Le département de Toulepleu dans la région du Cavally (ouest) fait partie des zones qui n’ont pas connu de violences avant, pendant et après l’élection présidentielle du 31 octobre 2020. Les jeunes Wê de Toulepleu accusés d’être à la base des affrontements avec les jeunes Dan de Danané en 2010 lors de la crise postélectorale ont, contrairement aux jeunes des autres villes de la Côte d’Ivoire, cette année décidé de se mettre à l’écart des querelles politiques. Conscients donc des crises qui se sont succédées, ils se sont laissés enrichir par leurs diversités pour devenir actuellement des faiseurs de paix, des pèlerins de la coexistence pacifique.
Réunis au sein de la plateforme des leaders d’opinion pour la paix et la cohésion sociale du Cavally, les jeunes de cette partie du pays ont été la cheville ouvrière du bon déroulement du scrutin présidentielle.
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« Notre mouvement existe depuis le 21 septembre 2020 sous l’impulsion du préfet du département et la bénédiction de la ministre Anne Ouloto. Ayant tiré les leçons des crises de 2002, 2010, 2015, nous avons compris qu’il est temps de défendre ensemble sans distinction de religion et de parti politique notre bien commun, le département de Toulepleu mais aussi toute la région du Cavally. Voilà pourquoi nous avons mis sur pied des patrouilles mixtes composées des jeunes des quatre départements du Cavally pour la sécurisation du scrutin. Le résultat, c’est zéro violence et zéro mort. Bien que les élections soient terminées nous continuons la campagne de sensibilisation. Nous travaillons avec les organisations humanitaires pour accueillir nos parents qui se sont déplacés vers le Libéria durant la période du processus électoral » a fait savoir Bakayoko Moussa, président de la plateforme.
Comme autre mission, elle collabore avec les chefs d’établissements scolaires, les parents d’élèves, les populations déplacées, les chefs de villages, le ministère de la solidarité, de la cohésion sociale et de la lutte contre la pauvreté, le HCR, la Croix Rouge, l’ONG PEHE, l’Unité Conjointe du Fleuve Mano, la cellule Civilo-Militaire et toutes les autres structures qui oeuvent dans le département pour prôner la paix et la cohésion sociale.
Bini Etienne, préfet de Toulepleu : « on a effectué toutes les opérations électorales dans le calme »
Quant au corps préfectoral, relais de l’état, une bonne coordination entre les sous-préfets et les préfets départementaux a permis de faciliter les échanges afin de garantir le bon déroulement du scrutin.
« Nous avons fait en sorte que les populations qui souhaitaient voter aillent voter et que celles qui ne le souhaitaient pas restent chez elles. Avec une bonne coordination du corps préfectoral et la forte implication des forces de défenses et de sécurité mais et surtout la mobilisation de la jeunesse, nous avons réussi à faire des élections sans troubles malgré quelques intimidations à travers les réseaux sociaux. Moi-même, avant la tenue du scrutin j’ai convoqué tous les responsables des partis politiques pour les sensibiliser à maintenir la paix et la cohésion sociale. Résultat, il n’y a pas eu de mot d’ordre de désobéissance civile ici à Toulepleu » a dit le préfet de Toulepleu, Bini Etienne.
Ouohoguiro Robert, président du collectif des chefs de villages de Toulepleu : « Aucun des chefs des 57 villages du département n’a bougé »
Outre, la mobilisation de la jeunesse et la bienveillance du corps préfectoral appuyé par les forces de sécurité, si les élections se sont déroulées dans le calme et si les populations ont gardé leur sérénité face aux rumeurs de violence, c’est bien à cause du comportement des chefs traditionnels.
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« Tous les efforts de paix ont été consentis sauf les rumeurs qui ont quelque fois eu raison sur certaines personnes. Elles se sont laissées manipuler par certains cadres dont je tais les noms, ajouter aux rumeurs distillées sur les réseaux sociaux. Ces personnes déplacées vers le Libéria et dans les villages environnants de Pekan barrage et Pekan village n’ont pas beaucoup analysé la situation. Mais n’ont pas également eu tort au regard de ce qu’elles ont vécu par le passé. Au niveau de la chefferie, nous avons demandé à tous les chefs des 57 villages, 11 chefs de quartiers de la ville et 3 chefs de la sous-préfecture de Nezobly de rester chez eux, car si le chef est le premier à faire bagage, c’est toute sa population qui suivra.
Aujourd’hui encore nous continuons d’appeler nos populations qui se sont déplacées à revenir au pays. Ils ont eu peur pour rien. Et beaucoup sont sur le chemin du retour dieu merci. C’est l’occasion pour moi de remercier notre fille Anne Ouloto qui très tôt nous a rassurés à propos du climat de paix qui régnerait pendant ce scrutin et qui nous a demandé de rester loin des querelles politiciennes. Vu que Toulepleu commence à goutter au développement avec l’arrivée du bitume, il n’y avait pas de raison de gâcher tous ces efforts consentis par elle avec des actes de violences qui nous ont coûté cher en 2002 et 2011 » nous a confié, Ouohoguiro Robert, président du collectif des chefs de villages du département de Toulepleu.
Philippe Kouhon, envoyé spécial dans le Cavally