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Trafic d’espèces sauvages : le paradoxe français entre compassion et “like” mortel

Par Yaya Kanté29 avril 2026

Un nouveau rapport publié ce 28 avril par le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) pointe du doigt la responsabilité méconnue des réseaux sociaux dans le commerce illicite de la faune. Si 82 % des Français jugent le trafic grave, ils sont peu nombreux à identifier leur propre consommation numérique comme un moteur de ce marché criminel.

Le constat est sans appel : l’amour des Français pour les animaux sauvages pourrait bien causer leur perte. Selon une étude comportementale indépendante menée auprès de 3 700 Européens, un fossé béant sépare les intentions des citoyens de la réalité du terrain.

L’écran, vitrine du crime organisé

Le trafic d’espèces sauvages n’est plus seulement l’affaire de braconniers dans des forêts lointaines ; il s’est déplacé dans le creux de nos mains. Estimé entre 7 et 23 milliards de dollars par an, ce marché noir se classe au même rang que les trafics de drogues ou d’armes. Sa nouvelle arme de séduction ? Les réseaux sociaux.

En diffusant massivement des vidéos d’animaux “mignons” (singes en vêtements, félins en appartement ou perroquets savants), les plateformes banalisent la détention d’espèces non domestiques. « Ce qui semble “mignon” cache souvent une histoire de souffrance et d’exploitation », alerte Ilaria Di Silvestre, directrice des politiques d’IFAW en Europe.

> Le chiffre clé : Seulement une personne sur trois sait que l’Europe est une plaque tournante majeure de ce trafic.

L’effet “perroquet” : l’exemple du Gris du Gabon

Le Gris du Gabon illustre tragiquement ce phénomène. Très prisé comme animal de compagnie, ce perroquet a vu sa population s’effondrer de 90 % en cinquante ans dans certaines régions d’Afrique. Capturés pour alimenter la demande mondiale, beaucoup d’oiseaux meurent durant le transport, tandis que les survivants subissent un stress permanent en captivité.

Malgré les efforts de l’Union européenne, l’impunité reste la règle : seuls 10 % des signalements de trafic aboutissent à des condamnations réelles. Néanmoins, une lueur d’espoir émerge du côté de la régulation numérique.

En 2025, l’IFAW est devenue le premier “signaleur de confiance” reconnu par l’Arcom en France. Résultat : sur 118 annonces suspectes détectées en quelques mois, 75 % ont été retirées. Mais le combat est loin d’être gagné, car une annonce sur quatre reste en ligne malgré les signalements.

“Quand le like tue” : comment briser le cycle ?

Pour l’organisation, la solution passe par une prise de conscience individuelle et un durcissement législatif. IFAW préconise notamment : L’adoption de “listes positives” définissant strictement les espèces autorisées à la détention. L’interdiction totale d’importer des animaux protégés dans leur pays d’origine.

La responsabilité des internautes : ne pas liker, ne pas partager et signaler les contenus mettant en scène des animaux sauvages hors de leur habitat naturel. « Si nous aimons vraiment les animaux sauvages, leur place n’est ni dans nos foyers, ni sur nos écrans, mais bien dans la nature », conclut le rapport.

Un message clair pour que nos interactions numériques cessent d’alimenter, malgré nous, l’extinction de la biodiversité. L’étude Sapience (mars 2025) souligne que 64 millions d’animaux sauvages seraient actuellement détenus comme animaux de compagnie à travers l’Europe.

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