Politique

Tribalisme politique, Dadis Camara, manifestations de rue en Guinée : l’opposant Ghandi Tounkara dit ses vérités ( Interview) 

Par Dasse Claude8 juillet 2015

Georges Ghandi Faraguet Tounkara est enseignant et fondateur de plusieurs établissements d’enseignement scolaires et universitaires en Guinée. Ancien ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, ancien Gouverneur de Lions club international, il est l’actuel président du parti de l’union guinéenne pour le développement et la démocratie (UGDD), candidat investi pour la présidentielle du 11 octobre 2015.

Dans un entretien à bâton rompu avec Afrikipresse , l’homme politique parle de la crise politique en Guinée, de sa vision pour le pays, de la candidature de Dadis Camara, et la présidentielle en vue.

Afrikipresse : Georges Ghandi Faraguet Tounkara pourquoi vous êtes-vous lancé en politique ?

Bien, avant d’être ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, j’ai été gouverneur de Lions club international pendant une année. C’est d’ailleurs ça qui m’a permis dans mes voyages, de constater à quel degré la misère était grande en Guinée, à quel degré la pauvreté des populations guinéennes était croissante. C’est pourquoi, dès ma sortie de ce gouvernorat, j’ai décidé de m’engager en politique. Parce que je considère qu’il faut être aux prises des décisions fondamentales, et les prises de décisions c’était au niveau de la politique.

Que comptez-vous faire concrètement pour aider les citoyens à sortir de cette pauvreté?

La première des choses, c’est que nous voulons casser l’ethno stratégie et l’ethnocentrisme qui sont développés aujourd’hui en Guinée et qui sont devenus des outils de conquête du pouvoir, et qui sont devenus parfois des armes nocives et dangereuses pour nos populations. C’est vous dire que la nation et brisée. Nous sommes dans l’ethno stratégie, dans le régionalisme, et c’est ce qui remet en cause les fondements de la Guinée elle-même, les fondements de l’équilibre national.

Comment allez-vous vous y prendre pour éliminer cette ethno-stratégie ?

On va commencer par mettre la justice au premier plan. Parce que c’est l’injustice qui pousse les gens à un repli identitaire. Lorsque des individus sont nommés à des postes, non pas parce qu’ils en ont des capacités techniques, morales , mais plutôt parce qu’ils appartiennent à un groupe, cela cause de l’injustice vis-à-vis de ceux qui en ont les compétences et qui ne sont pas nommés à ces postes. Nous allons commencer par travailler sur l’égalité des chances grâce à une éducation forte, mais aussi à travailler à remettre en place des valeurs que la Guinée semble avoir perdues aujourd’hui : la vérité, la solidarité, le travail et la justice.

Vous êtes candidat officiel de l’UGDD, comment se porte votre parti dans ce marigot politique de plus de cent formations politiques?

Notre parti se porte très bien. L’UGDD participe avec l’opposition plurielle à la régularisation des critères pour aller à l’élection présidentielle. Vous savez, dès le début, nous avons crié haut et fort que notre condition de participation à l’élection passait d’abord par les communales avant les présidentielles. Malheureusement, tout prête à croire que tel ne sera pas le cas. Mais comme aujourd’hui nous sommes en train de travailler à un certain rééquilibrage de certaines délégations spéciales des autres structures, si un consensus est fait, sur le repositionnement ou la refonte de ces délégations des différentes communes rurales de développement (CRD), je crois qu’il y aura une possibilité que nous puissions participer. Dans ce cadre, nous sommes prêts et nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout : nous voulons que la Guinée change, que la nation guinéenne se retrouve et que la richesse nationale soit partagée de façon la plus équitable entre les filles et les fils du pays.

Vous êtes décidés à aller jusqu’au bout ! Ça veut dire quoi ?

Ça veut tout simplement dire que nous sommes déterminés à aller aux élections présidentielles. Nous sommes un parti républicain, légaliste, et nous voulons travailler par le débat d’idée et non par le combat d’ennemi. Nous sommes un parti de dialogue, un parti de consensus, constructif. Donc, nous utilisons tous les moyens légaux, et en l’occurrence les urnes pour arriver au pouvoir

Le dialogue politique inter-guinéen ouvert le 18 juin dernier bas de l’aile. Aucun consensus n’a été obtenu entre les parties. Que proposez-vous pour une sortie heureuse à la crise que traverse la Guinée ?

Nous avons fait nos propositions lors du dialogue. Elles consistaient tout simplement à la refonte de la commission électorale nationale indépendante (CENI), à l’ouverture du contrôle du fichier électoral par une expertise externe, à une refondation des délégations spéciales. Sur ces différents points, il y a eu des achoppements, mais de nos jours, il semble qu’il y ait des avancées positives vers une réalisation partielle de ces demandes. Si cela est fait, nous irons aux élections.

Mais un accord d’étape a été signé par les autres parties prenantes au dialogue en l’absence de l’opposition. Comment expliquer cette volte-face ?

Ce n’est pas une volte-face. Mais vous savez qu’il est difficile de concocter des recettes à l’intérieur et venir présenter ça à des invités sans savoir s’ils sont allergiques à tels ou tels produits qui sont dans la recette. Ce qui s’est passé, ce qu’il était difficile pour l’opposition de signer un document auquel il n’a pas pris part et qu’elle découvrait juste dans la salle. C’est pourquoi nous avons refusé de signer le document et le dialogue s’est arrêté là, tout en laissant les portes ouvertes pour le poursuivre.

Quand souhaitez-vous reprendre place à la table de dialogue d’autant plus que des rencontres informelles se poursuivent avec la communauté internationale ?

Nous attendons que ces rencontres informelles puissent aboutir pour que nous puissions avancer. De toutes les façons, les guinéens sont condamnés à vivre ensemble, nous serons obligés de terminer cette crise par le dialogue. Pourquoi donc ne pas commencer par le dialogue afin d’éviter des affrontements et encore des morts d’homme ? C’est cela la vision de l’UGDD. Pourquoi attendre qu’il y ait tant des morts pour ensuite venir s’asseoir à table. Nous nous battrons pour que ce dialogue puisse se faire et que de mort, il n’y en n’ait plus.

L’opposition a annoncé la reprise des manifestations dès la fin du mois de Ramadan si toutefois des solutions idoines ne sont pas trouvées aux différentes réclamations. Etant parti de l’opposition, l’UGDD s’inscrit sur le même but ?

Nous ne sommes pas partants pour des manifestations de rue, parce que tout simplement nous ne voulons plus des morts dans ce pays, nous ne voulons plus des victimes. Mais, nous allons voir comment nous allons traduire notre solidarité à l’opposition parce que nous sommes membre de cette opposition.

Si toutefois les manifestations reprenaient, jusqu’où l’opposition serait prête à aller ?

Nous souhaitons qu’elles ne reprennent pas et qu’une solution soit trouvée avant. Comme j’ai dit ci-haut, nous, nous ne sommes pas favorables aux manifestations de rue qui font couler beaucoup de sang. Jusqu’où l’opposition pourrait aller ? Je ne saurai vous le dire. Mais ce qui est clair, c’est que nous pèserons de tout notre poids pour que des solutions positives soient trouvées avant que des guinéens s’affrontent et qu’il y ait morts d’hommes.

L’actualité au pays reste aussi dominée par la candidature annoncée de Moussa Dadis Camara, ancien chef de la junte militaire. Quelle analyse avez-vous faîtes depuis cette annonce ?

Nous sommes des démocrates. Toute fille et tout fils de ce pays qui remplit les critères d’éligibilité à l’élection présidentielle est le bienvenu, parce que la Guinée est plurielle, elle appartient à tous. Et chacun a le droit de venir défendre un programme qui puisse coïncider à la conquête du bonheur pour le peuple guinéen. Donc nous sommes favorables à toute candidature et en particulier dans cas de figure celle de Dadis Camara.

Le procureur de la cour pénale internationale est arrivé à Conakry un mois après l’annonce de Dadis pour la rentrée en politique. Plus d’un guinéen estime que la venue de Fatou Bensouda serait lié à ça. Et vous ?

Nous, nous observons les choses. Et dans ce cas de figure, nous laissons la justice faire son travail. Nous n’avons pas les outils nécessaires pour porter un jugement quelconque. Nous demandons seulement que le droit soit dit, qu’il soit bien dit, tout le droit et rien que le droit.

Pour une sortie de crise heureuse en Guinée, une fois de plus, quelle solution proposeriez-vous ?

Le constat que nous faisons, c’est que nous sommes entre deux blocs majoritaires qui s’affrontent. Il faut sortir de cela. C’est pourquoi l’UGDD propose d’être la troisième voie et la première force. Pour parler de façon très crue, ce sont les deux grands groupes ethniques (Peulh et Malinkés, ndlr) de la République qui s’affrontent. Il faut donc trouver un prince charmant qui puisse tempérer tout cela. Et ce travail ne pourrait être fait qu’à travers un groupe minoritaire qui saurait apporter la paix et la quiétude et l’équité. Et l’UGDD veut s’inscrire dans cette dynamique pour donner l’espoir à la Guinée. Le feu Président Lansana Conté avait bien compris cela, il a tissé des alliances qui permettaient d’assurer la stabilité du pays afin que les deux grands groupes puissent participer au développement de la nation, mais sans être nécessairement aux commandes de la nation parce que ces deux grands groupes se sont souvent affrontés dans l’histoire de la Guinée, parfois de façon sanglante. Il faut refuser cela, il faut que les guinéens comprennent qu’il faut une aujourd’hui une troisième voie que propose l’UGDD à travers cette première force politique qu’il veut être. Tous ceux qui sont épris de justice, de paix, d’équité, doivent rejoindre notre parti pour qu’ensemble nous puissions faire barrière à cette ethno stratégie qui prend du poids en Guinée.

Entretien réalisé par Aliou BM Diallo , à Conakry

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