Après la tenue des élections communales et locales le 28 juin 2015 , les résultats proclamés par la Céna au plan national mercredi 16 juillet 2015, ont suscité l’analyse du journaliste, politologue et spécialiste des questions internationales, James Williams Gbaguidi, interviewé par AFRIKIPRESSE.
AFRIKIPRESSE : Monsieur Gbaguidi, en gros que peut-on retenir après la proclamation des résultats officiels ?
James Williams Gbaguidi : Concrètement on se rend compte que la Céna a proclamé des résultats qui sont pour la plupart des résultats déjà proclamés au niveau des arrondissements. Dans le contenu, on constate que les villes à statut particulier (Cotonou, Parakou et Porto-Novo) ont été partagées. Pour exemple, Cotonou est partagé entre 4 forces politiques (l’alliance Renaissance du Bénin-Réveil patriotique qui vient en tête suivi du Parti du renouveau démocratique, de l’Union fait la nation et des Forces cauris pour un Bénin émergent); ce qui retire à la Rb, le monopole qu’elle avait sur la mairie de Cotonou depuis 12 ans. Il n’en demeure pas moins que la Rb soit en pôle position pour prendre la mairie. Mais il se peut que le regroupement des autres forces empêche la Rb de gérer la mairie comme elle l’a fait jusqu’à un passé récent. Pour le cas de Porto Novo, on se rend compte que le Prd a tout balayé sans partage et n’a laissé qu’un seul poste de conseiller à l’Union fait la nation et les Fcbe sont totalement absentes. À Parakou on constate que l’alliance Soleil est présente toute comme les Fcbe. De façon générale on retient que les Fcbe sont la première force politique au Bénin. Ce qui démontre que le président Thomas Boni Yayi, dans les campagnes continue de rester populaire.
Est-ce qu’on doit s’attendre à de pareils résultats lors de la proclamation des résultats des locales ?
Absolument ! Les populations votent généralement dans la même dynamique quand nous avons des élections couplées comme celles du 28 juin dernier. Il y en a très peu qui votent pour une liste lors des communales et pour une autres liste lors des locales. Donc il va y avoir très peu de variation au niveau des résultats des locales qui seront données dans deux semaines. On verra presque les tendances avec les Fcbe, le parti du président qui va avoir une très forte main mise sur les postes d’élus locaux. L’opposition viendra en deuxième position (l’Un, le Prd, Rb-Rp, etc.).
James Williams Gbaguidi
Comment peut-on expliquer la dégringolade de l’Union fait la nation (Un) à Cotonou alors que les pronostics étaient en sa faveur au vu les résultats des législatives passées ?
Quand on observe ces résultats, on se pose des questions. Après les législatives, on a vu que l’Un a raflé 3 sièges sur 5 à Cotonou. Et du coup beaucoup s’attendaient à un autre coup de chapeaux de la part de cette coalition-là. Ce qui n’a pas été le cas. Cela s’est passé aussi bien à Cotonou qu’à Calavi. Mais à Cotonou, il s’est passé ce que moi j’appelle le désamour du peuple pour le harceleur. Le béninois n’est pas trop celui qui harcelle son adversaire. Et c’est ce qui est arrivé avec Candide Azanai, le ténor de l’Un à Cotonou, qui a brillé de mille feux lors des législatives passées parce qu’il a bénéficié des faux pas de Boni Yayi et du soutien des jeunes de Cotonou qui l’ont accompagné dans le différend qui l’avait opposé au chef de l’Etat. Donc Azanai voulait profiter de cette marque de popularité qu’il avait obtenue pour prendre la mairie de Cotonou. Et il a farouchement battu campagne contre les Soglos, oubliant que ces derniers l’avaient soutenu dans le différend qui l’avait opposé à Boni Yayi. Pour lui, l’adversaire à abattre c’était la Rb et non les Fcbe. Alors les populations n’ont pas aimé cela et c’est ce qui, de mon point de vu explique sa chute et celle de sa coalition, lors des communales au profit de la Rb. Mais cette marge de popularité que l’honorable Azanai a obtenue est restée, ce qui explique la dizaine de conseillers que son alliance a obtenu. À Abomey-Calavi l’Union fait la nation n’a pas pratiquement fait de campagne électorale. Et cela a profité à l’And puis à la Rb.
Lorsqu’on se penche sur la présidentielle de 2016, quels sont selon vous les partis qui vont peser dans la balance pour le compte de cette élection ?
À partir du moment où les Fcbe peuvent compter plus de 400 élus municipaux à travers tout le pays, cette force comptera énormément pour la présidentielle de 2016. Surtout si le président Boni Yayi, comme d’habitude se met à battre campagne pour un candidat, il y a des chances pour que le candidat soutenu par le président Yayi et les Fcbe, se retrouve au second tour de la présidentielle. Mais attention ! Il ne faut pas négliger la maturité du peuple béninois aujourd’hui. Les béninois ont montré entre avril et juin 2015, qu’ils sont capables de voter pour un parti aujourd’hui et de voter demain contre ce même parti là. J’en veux pour preuve le cas Azanaï. Boni Yayi aujourd’hui est victime d’une cabale, ce qui pousse les gens à voter massivement pour lui dans une partie du pays. Et donc on vote pour lui parce qu’il est considéré comme la victime que l’on veut à tout prix sauver. Maintenant reste à savoir s’il choisit son dauphin, si les béninois vont suivre ses consignes et porter ce dauphin là au pouvoir. N’oublions pas que la notion du fils du terroir continue plus ou moins de peser au Bénin. En gros le choix de Boni Yayi pour 2016 va peser lourd dans la balance. Contrairement à l’opposition qui a en son sein plusieurs candidats notamment l’homme d’affaire Patrice Talon, le principal bailleur de l’opposition, que d’aucun appel la télécommande de Paris.
Finalement, n’est-on pas tenté de dire que Boni Yayi n’est pas fini comme lui-même, il le dit si bien ?
Malheureusement Boni Yayi n’est pas fini, parce que le spécimen d’homme politique qu’il est peut encore influencer certains choix. De toutes les façons Boni Yayi ne va pas rester bras croisés comme un certain Mathieu Kérékou en fin de mandat en 2006. Boni Yayi, pour l’instant n’a pas encore de dauphin officiel. Il a tellement rêvé de se succéder à lui-même qu’il n’a pas de dauphin. Maintenant que ce rêve est brisé il va prendre le temps de s’en accommoder avant de choisir son dauphin, qui une fois au pouvoir va assurer ses arrières car il a trop de casseroles qu’il traîne. Donc il lui faut un partisan vraiment zélé pour lui succéder et le protégera quand il ne sera plus au pouvoir, si non, il risque d’être jeté tout de suite en prison parce qu’il baigne dans de sales draps.
Propos recueillis et transcrits par Ariel Gbaguidi
Récapitulatif des résultats
Forces cauris pour un Bénin émergent : 493 sièges L’Union fait la nation : 205 sièges ; Parti du renouveau démocratique : 127 sièges ; l’Alliance Renaissance du Bénin-Réveil patriotique : 106 sièges; l’Alliance soleil : 105 sièges; l’Alliance pour une nouvelle dynamique : 104 sièges; l’Alliance Forces démocratiques Unies : 64 sièges; l’Alliance pour un Bénin Triomphant 56 sièges; l’Alliance éclaireur 49 sièges; l’Alliance Union pour le Bénin 25 sièges; UFEDD-Bénin Nouveau : 18 sièges; l’Alliance PEU : 11 sièges, l’Alliance de Parti RDL-Vivotin- les VERTS-Le PCR : 10 sièges; l’Alliance UFDD : 8 sièges; UDD-Wologuèdè : 7 sièges; Alliance MECCA : 6 sièges; Alliance MPS : 6 sièges; Parti CAP-SURU 6 sièges; UDC-Nounagnon 5 sièges; Alliance USP 5 : sièges; Alliance FARRE : 4 sièges; Alliance ResoAtao/RUP-Mifon Asssikoto : 3 sièges; Parti RésoATao : 2 sièges ; Parti RDR : 2 sièges ; Alliance ADB : 2 sièges.