Opinion

Uranium au Niger : la mine stratégique de Dasa menacée par l’isolement politique

Par La Rédaction21 décembre 2025

Présentée comme un pilier de la souveraineté énergétique du Niger, la mine d’uranium de Dasa accumule retards et incertitudes. Isolement diplomatique, blocages logistiques et risques sécuritaires fragilisent un projet stratégique aux lourdes conséquences économiques.

Le projet de mine de Dasa, porté par la compagnie canadienne Global Atomic, en est l’illustration la plus emblématique. Initialement annoncé comme un levier majeur de croissance, il se trouve désormais enlisé dans un contexte d’isolement diplomatique et d’instabilité régionale.

Exportations d’uranium et controverses juridiques

Située dans le nord du pays, la mine de Dasa devait entrer en production en 2026 et permettre l’extraction de plus de 68 millions de livres d’uranium sur une durée estimée à vingt-trois ans. Ce calendrier a été revu à la baisse. Global Atomic a annoncé un report du démarrage à 2027, invoquant des difficultés logistiques et financières persistantes. La fermeture de la frontière entre le Niger et le Bénin, consécutive au coup d’État de juillet 2023, a privé le projet de son principal corridor d’approvisionnement, le port de Cotonou.

Ce blocage logistique a eu des répercussions directes sur la chaîne de valeur du projet. L’acheminement des équipements, initialement prévu via le Bénin, est devenu plus long et plus coûteux. À cela s’ajoute un environnement financier dégradé. Le coût global de la construction de la mine est estimé à plus de 420 millions de dollars, dont une large part devait être financée par emprunt. Or, l’instabilité politique et les incertitudes institutionnelles ont considérablement ralenti les procédures d’approbation bancaire, repoussant de fait les investissements attendus.

Des risques financiers majeurs pour Global Atomic

Au-delà de Dasa, la gestion actuelle des exportations d’uranium soulève également des interrogations. Faute d’accès au corridor béninois, les flux logistiques transitent désormais par le port de Lomé, impliquant un passage par le Burkina Faso. Cette option expose les convois à des zones affectées par l’insécurité et la présence de groupes armés, dans un contexte régional marqué par la recrudescence des attaques djihadistes.

C’est dans ce cadre que s’inscrit la controverse autour d’un convoi de yellowcake issu de la mine d’Arlit, destiné à l’exportation. Selon plusieurs sources, un accord conclu en 2025 prévoirait la vente de 1 000 tonnes d’uranium pour un montant d’environ 170 millions de dollars, dans des conditions jugées défavorables pour le Niger. Cet arrangement, non rendu public, interviendrait alors même qu’une décision du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), rendue en septembre 2025, interdit toute cession de l’uranium produit par la SOMAÏR.

Sécurité régionale : un facteur aggravant

Sur le plan sécuritaire, les inquiétudes sont réelles. Le transit de matières nucléaires à travers des zones récemment touchées par des offensives armées, notamment dans l’est du Burkina Faso, accroît les risques. La prise de contrôle, début décembre, d’un poste de milices locales par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) dans la région de Gourma illustre la volatilité de ces territoires.

Finalement, l’uranium, longtemps présenté comme un atout stratégique pour le Niger, apparaît aujourd’hui comme un révélateur des fragilités du pays. Retards industriels, perte de confiance des investisseurs et exposition accrue aux risques sécuritaires dessinent les contours d’un secteur minier sous pression. À défaut d’un apaisement diplomatique et d’un cadre institutionnel stabilisé, ces difficultés pourraient durablement compromettre les retombées économiques attendues de cette ressource clé, au-delà des frontières nigériennes.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires