Politique

Violences à Yopougon : Le PPA-CI au cœur de la déstabilisation

Par Philippe Kouhon3 août 2025

Suite aux violences survenues dans la nuit du 1er au 2 août 2025 aux abords du camp des sapeurs-pompiers de Yopougon, une enquête a été ouverte. Avant les premiers éléments, l’on a noté une promptitude du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) à se présenter en victime.

Le 3 août, à 48 heures après les événements, le parti de Laurent Gbagbo a convoqué la presse pour dénoncer une présumée traque ciblée de ses militants. Que cherche à dissimuler cette posture victimaire ?

La prudence commande d’attendre les conclusions officielles, mais le PPA-CI prend les devants, comme s’il connaissait déjà les suites de l’enquête. En filigrane, c’est une tentative de transformer l’affaire en procès politique, et présenter le pouvoir comme oppresseur. Ce déplacement du débat laisse planer une d’un délit d’initié. Pourquoi crier à la cabale avant même l’aboutissement des investigations ?

Dans une vidéo Kouamé Josué, se revendiquant explicitement comme membre de la sécurité du PPA-CI. Devant la caméra, il assume avoir été l’un des principaux meneurs des violences de Yopougon. Il va plus loin, évoquant des réunions préparatoires, un plan d’action structuré et un encadrement supposé par des cadres du parti.

Parmi les actions évoquées : tentative de sabotage du siège de la CEI, incendie de stations-service, attaques contre des édifices publics et destruction d’équipements de transport. Un scénario dont le déclenchement était supposé coïncider avec une marche de l’opposition prévue le 2 août 2025 et l’annonce officielle de la candidature du président Alassane Ouattara à la présidentielle d’octobre 2025.

Le chef de l’État a pris tout le monde de court en anticipant son annonce.
Les jeunes mobilisés auraient reçu 750.000 F CFA pour l’achat de matériel de destruction, avec une allocation individuelle de 5.000 F pour le transport. Le nom de code utilisé pour déclencher l’opération ? “Déclaration des résultats du BAC”, un leurre en réalité synonyme de “Déclaration de candidature du Président”.
À ce jour, 11 personnes sur une quinzaine identifiée ont été arrêtées, dont Kouamé Josué. Fait notable : l’un des interpellés serait un garde du corps de Michel Gbagbo. Un détail qui jette une ombre sur la version défendue par le parti.

La mise en garde du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité

Invité du JT de la RTI ce dimanche 3 août à 20h, le général de corps d’armée Vagondo Diomandé et ministre de l’Intérieur et de la Sécurité a fait le point de la situation. Il a rassuré sur le respect de l’état de droit, et mis en garde les fauteurs de troubles et leurs commanditaires.

« Dans la nuit du vendredi 1er au samedi 2 août 2025, la commune de Youpougon a été le théâtre de violences graves, incluant l’incendie d’un autobus Sotra et la destruction d’un véhicule de police. Informées à l’avance par des renseignements crédibles, les forces de police et de gendarmerie ont rapidement agi, arrêtant onze individus impliqués », a fait savoir le ministre Vagondo Diomandé.

Le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité a communiqué pour rassurer la population et les partenaires internationaux sur la gestion de la situation, soulignant le respect des droits de l’homme et la judiciarisation des délits.

Le ministère a insisté sur le fait que toutes les personnes impliquées seront remises à la justice conformément à l’État de droit. Il a averti les instigateurs que la loi sera appliquée avec rigueur pour garantir la paix et la sécurité dans le pays.

Les événements de Yopougon ne sont pas isolés. Il y a quelques semaines, des actes de vandalisme ont visé les câbles du système de vidéo-verbalisation sur l’autoroute du Nord, au PK 96. En comparant les images des deux incidents, les enquêteurs évoquent des similitudes troublantes. L’objectif est de paralyser les dispositifs de surveillance, de créer un climat d’insécurité et de défiance à l’approche de la présidentielle.
Ces sabotages ciblés prennent la forme d’une stratégie de déstabilisation.

Appel paradoxal à la CPI : la double face du PPA-CI

Lors de sa conférence, le PPA-CI, par la voix de Danon Djédjé, a interpellé la Cour pénale internationale (CPI), l’invitant à se pencher sur les « arrestations arbitraires » de ses militants. Hier encore en croisade contre le “néocolonialisme judiciaire” de la CPI, ce parti appelle aujourd’hui à la rescousse la CPI.

Le PPA-CI se retrouve pris dans un paradoxe : solliciter une instance qu’il dénonçait désormais.

Vers une stratégie de blocage ?

Tous les signaux convergent vers un scénario plus large : créer un chaos préélectoral susceptible de remettre en cause la tenue du scrutin d’octobre 2025. Dénonciations, violences, sabotage, appels à la justice internationale… Les ingrédients d’une stratégie de tension sont réunis. Et derrière cette mécanique, une volonté claire : disqualifier le pouvoir en place, non par le débat démocratique, mais par l’instabilité.

Le message est que nous ne sommes plus dans une opposition idéologique, mais dans une dynamique de confrontation.

Philippe Kouhon

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