Malgré la forte mobilisation des populations venues des quatre coins du Tonkpi hier jeudi 24 octobre 2019 pour accueillir le Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly, les habitants du quartier Lycée en pleine ville de Man sont restés chez eux et pour cause.
Dire que les populations de Man sont sinistrées n’est pas une vaine parole. A Man, la petite misère qui frappe les populations de cette ville frontalière avec le Libéria et la Guinée dans la partie Ouest de la Côte d’Ivoire date pour beaucoup de la rébellion de 2002 (ex fief du MJP et MPIGO proches du MPCI de Guillaume Soro). Une rébellion qui avait à l’époque tout détruit sur son passage. Coupée du reste du pays pendant plusieurs années, la ville a fini par perdre tout son lustre d’antan. Maisons décoiffées, routes impraticables avec un unique marché de construction anarchique.
Aussi, malgré que le président Ouattara y ait consacré sa toute première visite d’Etat en 2012, la ville de Man n’a pas vraiment changé.
Mercredi 23 octobre 2019. L’arrivée du Premier ministre a fait le plein des hôtels de la ville. Seuls les établissements hôteliers sis au quartier Lycée, route de Kouibly sont restés vides. N’ayant donc pas trouvé de chambre ailleurs, nous décidons d’aller loger dans un hôtel de fortune, « Lotus » sis au quartier Lycée. Malheureusement aucun taxi n’accepte de nous y conduire.
« Il n’y a pas de route là-bas, monsieur. Aussi aucun chauffeur ne vous amènera à cet endroit après 19h le soir » nous lance un chauffeur de taxi. Coincés nous décidons d’y aller à pied. Après une dizaine de minute de marche du rond point de la préfecture au Lycée moderne de Man, la fine pluie qui s’est abattue sur la ville le même soir a rempli les fosses causées par le tracteur de la mairie apprend-t-on.
Nous dévions donc la voie principale pour passer à l’intérieur du quartier Camp Séa. Là encore même hécatombe. Impossible de continuer notre chemin.
Le lendemain jeudi 24 octobre 2019, nous décidons de refaire le chemin en pleine journée avec un temps très chaud. Malheureusement les flaques d’eau de la veille sont encore visibles et empêchent les quelques taxis qui font le tronçon Man à la localité de Donpleu de travailler.
Au quartier Lycée, nous échangeons avec des jeunes du sous quartier « petit Paris ».
« Le Premier ministre est là et nous n’y étions pas. J’ai mal. C’est comme si nous étions dans une prison en pleine ville de Man. J’espère qu’enfin, ils vont tenir parole car cela fait des années qu’on nous promet le bitumage de cette route » dit Amario Louis.
« Moi, je n’attends rien de ces visites des politiciens. C’est d’ailleurs le tracteur de la mairie qui a gâté cette route avec un faux chauffeur. J’espère que ce n’est pas à lui qu’on confiera le reprofilage de notre route encore. De toute façon, ils vont déposer les machines ou gratter une partie et promettre terminer après les élections » lance sa voisine, Vivi1ane Oulai.
Philippe Kouhon, envoyé spécial dans le Tonkp