Afrique

Vivement un nouveau Mandela : comprendre la xénophobie en Afrique du Sud

Par Charles Kouassi18 avril 2015

AFRIKIPRESSE – Abidjan. Puissance économique, industrielle et militaire en Afrique, la République d’Afrique du Sud vient récemment de projeter une mauvaise image du pays de Nelson Mandela, de son héritage de paix, de coexistence pacifique, en donnant en spectacle le superlatif de la xénophobie et de la prédation violente, tragique et mortelle des acquis d’innocents étrangers sans défense vivant sur son sol, après que le Roi des Zulu eut royalement lancé un mot d’ordre, décidé de débarrasser son pays des pestiférés qui sont à ses yeux les encombrants et indésirables pilleurs de richesses nationales, les nouveaux colonisateurs économiques et financiers du pays de l’arc en ciel. Nelson Mandela est vraiment mort.

La haine de l’étranger est loin d’être une surprise ou un effet de mode dans le pays de Chiaka Zulu. Elle couvait depuis la mauvaise répartition des fruits de la croissance économique et enfonçait profondément ses racines dans le saupoudrage des maux qui minent encore le pays, à savoir

1. le chômage endémique de 25% de la population active en 2015;

2. le chômage catastrophique de 35% à 50 % des jeunes noirs dans les townships en 2015;

3. la difficile coexistence pacifique entre d’une part les recettes de l’émergence économique, industrielle et financière au profit des blancs riches, des classes moyennes noires, indiennes, métisses et les inégalités sociales, la criminalité, l’insécurité au niveau des classes inférieures, des exclus du système économique et de la sécurité sociale, d’autre part;

4. les promesses non tenues par les leaders noirs une fois au pouvoir;

5. les rêves d’émancipation économique et sociale brisés des noirs qui ont payé un lourd tribu à l’apartheid,

6. la question de l’indemnisations, de la réparation et de la compensation des préjudices subis au cours des années d’apartheid, à hauteur de souhait;

7. l’immigration incontrôlée, débordante et asphyxiante composant les ingrédients de l’alchimie entre le poids, la profondeur, le rythme et la vitesse de l’implosion sociale, nourrie par l’instrumentalisation de la présence des étrangers comme une menace nationale non une opportunité de développement et d’intégration régionale, le nationalisme et l’extrémisme sur le terreau fertile de la pauvreté, de l’analphabétisme, de l’oisiveté, du banditisme, du complexe de supériorité ethnique et d’origine royale liée au droit du sol et du sang;

8. la priorisation de l’économie et des finances au détriment du bien être social de la majorité noire et du développement humain durable (logement décent, assainissement, accès à l’eau potable, éducation, soins de santé, emploi etc);

9. le choc entre le modernisme, l’intégration régionale, le leadership mondial de l’Afrique du Sud et les pesanteurs ainsi que les contraintes contre productives des traditions, des coutumes, des cultures ethniques, royales et ancestrales;

11. le raccourci douteux entre les erreurs, choix politiques, économiques et industriels et la désignation gratuite et simpliste des étrangers comme bouc émissaires / causes du chômage des autochtones et de la raréfaction des postes d’emplois des nationaux;

12. le manque de qualification, d’expertise, d’expérience professionnele, de compétence et de savoir faire des nationaux incapables d’affronter la concurrence rude, saine et loyale des étrangers utiles de l’Angola, du Mozambique, du Botswana, du Swaziland, du Lesotho, du Zimbabwe, du Kenya, de la Tanzanie, de la Namibie, de la RDC, du Congo Brazaville, du Gabon, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Sénégal, du Cameroun, du Tchad, de la Guinée Conakry, de la Guinée Bissau, du Bénin, du Togo, du Niger, du Burkina Faso etc dans une économie de marché pour laquelle l’Afrique du Sud a opté, plus axée sur le libéralisme, la libre entreprise, le secteur privé, le capital et le travail, en se détournant du système de l’économie étatique à planification centralisée et impérative des pays voisinsdé;

13. la vision de l’ANC de faire de l’Afrique du Sud une terre de brassage, un eldorado pour la force de travail en provenance des pays voisins qui étaient à ses côtés pendant la guerre de libération du joug de l’apartheid est déshabillée de son contenu rassembleur, déstabilisée dans ses fondements de cohésion sociale et malmenée par le réflexe d’autodéfense nationaliste et xénophobe, les réactions violentes des couches pauvres contre l’étranger comme l’expression d’une revendication sociale légitime pour plus de justice sociale et d’équité, véritable volcan en éruption face à la réaction tardive des autorités à l’intolérance citoyenne de cohabitation sociale et pacifique entre blancs, indiens, métis, noirs et étrangers africains;

14. le difficile exercice de la superstructure économique et de la classe politique de combiner les recettes de l’émergence réussie à la résorption des inégalités sociales criardes, concilier le bilan économique élogieux avec les rêves et angoisses des populations noires désœuvrées et désargentées, en proie à un horizon bouché, à l’impasse de l’exploitation de l’homme noir par l’homme noir, à enrichissement illicite et à la corruption des noirs par les blancs, de la classe noire dirigeante, de la middle class et des nouveaux riches, aux antipodes des convictions, ambitions, philosophies, doctrines et idéaux des pères de la lutte contre l’apartheid, d’émancipation, de libération et d’indépendance.

La jeunesse au chômage de longue durée n’est ni éblouie par la bonne performance économique ni convaincue par les promesses d’un lendemain meilleur, ayant toujours à l’esprit qu’une bonne économie nationale est celle dont la croissance est partagée et celle dans laquelle la majorité du peuple contribue à la création de richesses à travers les emplois et les investissements publics et privés.

Au moment où la loi contre la xénophobie, l’antisémitisme, l’islamophobie était en cours d’adoption en France, la traque et la haine de l’étranger africain battaient leur plein en Afrique du Sud.

Paradoxe de l’histoire du savoir vivre et du savoir faire ou éternelle leçon de l’occident à l’Afrique, pour encore enseigner que ” même si le loup décide de ressembler à la mère brebis, son aspect reste toujours le même, grandement différend de celui du doux animal domestique “.

La réaction du Gouvernement sud africain a été une leçon d’autorité de l’Etat que l’Afrique et le monde entier ont accueilli avec soulagement.

Le Gouvernement s’est démarqué des propos xénophobes d’un autre age du Roi Zulu. Le Gouvernement a porté assistance et protection policière aux étrangers africains pour montrer aux donneurs de leçons que le pays de Nelson Mandela est bien gouverné et ne se reconnait pas en la déclaration du chef traditionnel Zulu.

Que deviennent tous ces étrangers sans défense, surpris et chassés de leurs commerces et leurs habitations, au passage du tsunami de la xénophobie qui a tout emporté sur son passage sur un mot déplacé du Roi Zulu dans le pays qui convoite une place au Conseil de Sécurité des Nations Unies au nom et pour le compte de l’Afrique ?

À cette question, je réponds par les observations, compréhensions et interprétations des faits comme suit :

1. Ils sont sans familles, le cœur meurtri, les larmes aux yeux, loin de leurs pays d’origine. Sans famille, l’homme seul tremble dans le froid, a écrit André Mauroy.

2. La parole est un vecteur important dans la vie d’un homme. Utilisée en bien, elle devient une bénédiction. Utilisée en mal, elle est une malédiction.

3. Il y’a deux choses qui ne se rattrapent jamais. La parole qui sort de la bouche de l’homme et la balle qui sort de son arme à feu.

4. Le Roi Zulu a eu la dextérité de débiter le méchant mot à l’encontre des étrangers africains. Sa parole a été plus nocive que la balle de fusil, aux impacts négatifs sur l’image d’hospitalité, l’audience de première puissance économique en Afrique, le prestige de pays émergent parmi les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), la coopération bilatérale et multilatérale de l’Afrique du Sud.

5. Dans certaines religions, il est écrit que les protégés de Dieu sont les étrangers, les veuves, les orphelins et les enfants.

6. L’Afrique a soutenu le pays de Madiba pendant ses moments d’incertitude sur la route rocailleuse, tumultueuse et lugubre vers son indépendance.

En première ligne étaient les pays voisins de l’Afrique Australe. Le Roi Zulu n’a pas le droit de faire pleurer Nelson Mandela dans sa tombe par ingratitude, violence verbale et chasse à l’étranger africain sur le sol de la nation arc en ciel.

Vivement un nouveau Mandela !

Laurent Maurice Kouakou

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