Reconnue pour son engagement en faveur de la santé en Côte d’Ivoire, la Dr Raymonde Goudou Coffie a pris part à la réunion régionale du World Health Summit, organisée à Nairobi au Kenya du 27 au 29 avril 2026. En sa qualité de « championne » de l’initiative African Voices of Science (AVoS) de Speak Up Africa, l’ancienne ministre de la Santé a mis à profit son expertise de pharmacienne pour porter la voix des chercheurs du continent, en mettant un accent particulier sur le leadership féminin dans la recherche et le développement (R&D) sanitaire.
Une sous-représentation criarde
Selon des analyses de tendances médiatiques, les experts africains ne représentent que 1,2 % des voix citées dans les médias traditionnels et 4,9 % sur les réseaux sociaux dans les débats mondiaux sur la R&D en santé. Une sous-représentation qui, selon Speak Up Africa, fausse les priorités et les flux de financement en faveur du continent.
L’initiative AVoS, portée par l’organisation sénégalaise Speak Up, vise précisément à inverser cette tendance en donnant plus de visibilité aux scientifiques africains, en influençant les politiques publiques et en favorisant les échanges entre experts du continent.
Keynote remarquée sur le leadership féminin
Le mardi 28 avril, Dr Raymonde Goudou Coffie a prononcé le discours d’ouverture de la session intitulée « Concevoir le pouvoir : les femmes au cœur du leadership en recherche et développement en santé en Afrique », organisée par Speak Up Africa.
Dr Goudou Coffie a livré un témoignage à la fois personnel. Revenue sur son parcours de pharmacienne à ministre, elle a insisté sur le fait que l’égalité de genre dans le secteur de la santé ne relève pas du symbole, mais d’un choix politique assumé. « Il ne peut y avoir de souveraineté sanitaire sans souveraineté scientifique. Il ne peut y avoir de souveraineté scientifique sans égalité de genre », a-t-elle déclaré.
Les échanges ont révélé un constat partagé : malgré une forte présence des femmes dans la recherche, elles restent largement écartées des circuits de financement et des instances de décision. Les priorités de recherche en santé sur le continent restent trop souvent définies de l’extérieur, ignorant fréquemment les spécificités des femmes africaines.
Trois leviers pour faire avancer les femmes
Dans son intervention, l’ancienne ministre a mis en avant trois leviers stratégiques pour faire avancer les femmes dans le domaine de la recherche et du développement : la gouvernance, le financement et le leadership.
Les autorités doivent nommer des femmes à des postes de décision stratégiques. Elle a cité l’exemple ivoirien de 2011, lorsque le Président Alassane Ouattara avait confié les ministères des Finances, de l’Éducation et de la Santé à des femmes, créant une dynamique de solidarité au sommet de l’État.
Il faut aussi garantir aux femmes un accès équitable aux fonds de recherche, d’innovation et surtout de production industrielle locale, notamment dans la fabrication de médicaments. Et enfin, les former et créer des environnements institutionnels leur permettant d’exercer un véritable pouvoir décisionnel.
Participation à la table ronde sur la génomique
Le lendemain, mercredi 29 avril, Dr Raymonde Goudou Coffie a également pris part à une table ronde de haut niveau sur « Du dialogue à l’action : construire l’avenir de la génomique et de la médecine de précision en Afrique »
Les participants, dont le professeur David Tea Akou, généticien ivoirien et fondateur de la Fondation YTO, ont souligné que l’Afrique, détentrice de la plus grande diversité génétique mondiale, reste pourtant largement sous-représentée dans les bases de données génomiques, avec des conséquences directes sur la qualité des diagnostics et des traitements.
Visite à l’hôpital Aga Khan
En marge du sommet, l’ancienne ministre a conduit une délégation pour visiter l’Université et l’Hôpital Aga Khan de Nairobi, salués pour leur Centre d’innovation et d’éducation médicale. Cette visite devrait inspirer des pistes de coopération renforcée entre la Côte d’Ivoire et la Fondation Aga Khan dans le domaine de la formation médicale et de l’innovation.
La présence de la Dr Raymonde Goudou Coffie à Nairobi rappelle que le combat pour la santé en Afrique se joue désormais sur le terrain de la visibilité et de la représentativité scientifique. En portant la voix de l’initiative African Voices of Science, elle ne se contente pas de plaider pour une inclusion de façade, mais appelle à une véritable révolution structurelle où les femmes occupent les postes de décision.
Yaya K avec Grok