À Abidjan, quelque chose est en train de bouger dans le monde du design. Le mercredi 8 avril 2026, s’est tenu le vernissage des productions de « The Young Designers Workshop 2 » à la Fondation Donwahi. Loin des clichés qui cantonnent encore cette discipline à une élite ou à une influence occidentale, 7 jeunes créateurs ivoiriens affirment leurs voix, sous la direction de Jean Servais Somian, designer et sculpteur de renom. Plus qu’un simple atelier de formation, ce projet s’impose comme un véritable laboratoire de création et de transmission entre les générations.
Ce programme, conçu avec le soutien de l’ambassade de France en Côte d’Ivoire, repose une conviction simple : le talent existe, mais il manque souvent les outils pour le révéler. Face à de jeunes aspirants designers en quête de repères, le promoteur de The Young Designers Workshop a choisi d’agir. « Ils avaient des idées, mais pas les moyens de les concrétiser », confie Jean Servais Somian. D’où l’idée d’un accompagnement sur un an, pensé comme un parcours complet : du croquis à l’objet fini, car ici, il ne s’agit pas seulement d’apprendre à dessiner.
Le cœur de la deuxième résidence initiée par le maître designer repose sur une immersion dans le réel. Les participants sont confrontés aux matériaux, aux contraintes techniques, aux échanges avec les artisans. Une pédagogie, essentielle dans un contexte où les structures d’édition et de production sont quasi inexistantes. « Le design, ce n’est pas que l’idée. C’est comprendre comment la réaliser », insiste Jean Servais Somian.
Cette approche trouve un écho particulier dans le travail de Romarice-Joyce N’goran, l’une des designers participantes. Architecte d’intérieur de formation, elle incarne cette nouvelle vague de créateurs qui naviguent entre esthétique, fonctionnalité et inspiration locale.
Son projet présenté lors de l’exposition de fin de résidence en est une illustration frappante : un comptoir de bar aux lignes organiques, inspiré à l’origine par une forme simple, celle d’une toupie d’enfance. De ce dessin initial naît une pièce fédératrice, pensée pour rassembler. « Un bar arrondi, ce n’est pas courant. Mais surtout, c’est une forme qui invite au partage », explique Romarice-Joyce.
La pièce séduit autant par sa symbolique que par sa matérialité. Structure en métal forgé, tressage de raphia, et de cuir de chèvre et de mouton soigneusement assemblée -, plateau en bois d’Amazakoué : chaque élément raconte une histoire, celle d’un savoir-faire ivoirien revisité. Le mobilier s’accompagne de chaises aux formes similaires taillées dans l’Acacia, prolongeant cette recherche d’unité et de cohérence.
Mais au-delà de l’objet, c’est toute une vision du design qui s’affirme. Une discipline qui ne se limite pas à l’esthétique, mais qui répond à des usages précis, intégrant les principes d’ergonomie et les besoins des utilisateurs. « Concevoir, c’est penser à la fois au beau et au fonctionnel », rappelle la designer.
Ce deuxième workshop agit ainsi comme un révélateur. Il déconstruit les idées reçues notamment celle d’un design réservé aux expatriés et met en lumière une réalité souvent ignorée : une clientèle locale existe, curieuse et prête à s’approprier ces créations. Reste néanmoins la question du coût, encore perçu comme un frein. Mais pour les initiateurs du projet, le véritable enjeu est dans la formation, car sans transmission solide, sans maîtrise des processus de création, difficile pour les jeunes designers de s’imposer.
C’est précisément ce que cherche à corriger The Young Designer Workshop. En valorisant le lien entre designers et artisans, il esquisse les contours d’un écosystème encore fragile mais prometteur. « Le marché est ici, en Afrique Il faut simplement donner aux jeunes les moyens d’y prendre part. », affirme Jean Servais. «
Cette exposition, visible jusqu’en mai, regroupe les productions des 7 jeunes designers du programme qui ont su exploiter le bois, le métal, le rotin, le cuir ou encore le fil de pêche pour créer des pièces uniques. Les objets présentés au public, inspirés de l’artisanat, sont les prémices d’une scène design ivoirienne en pleine affirmation.
Yaya K